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vendredi 25 septembre 2009

Du "déplacement"comme dispositif.


Le G20 restera vain. On le sait. On y parlera morale... Des bonus, des traders, paradis fiscaux et autres symptômes dérisoires de la grave pathologie du malade. Bref on opérera un « déplacement » comme on dit en psychologie : le déplacement consiste en un mécanisme dans lequel une émotion,, une peur « comme peur que quelque chose arrive et vous précipite dans le déclin » sont déplacés de leur objet initial sur un objet substitutif acceptable. Cet objet substitutif, ce fantasme collectif peut-être la « moralisation » de la finance, construire in indice du « bonheur »(sic) ,l’ethnicisation des rapports sociaux en lieux et place des classes sociales ou bien encore l’angoisse de la pandémie comme pandémonium, suscitera quelques sacrifices de masse expiatoires. On a vu courir sur les medias le retour des rumeurs, notamment autour de la commémoration du 11 septembre, du « complotisme » de l’irrationnel, de la stigmatisation, de la délation de chacun comme bouc émissaire de tous. L’important est que Ce déplacement organise l’impératif du désarroi et aveugle la conscience: Sans cesse mettre au pas toute critique radicale…
Cette systémie du « déplacement » est d’autant plus nécessaire en ces temps de « crise permanente » qu’il s’agit de sauver le capitalisme, ce brave soldat. Dans une époque de l’instant sans mémoire, on vient de se souvenir que les civilisations sont mortelles. Cela ne peut se faire qu’entre maitres du monde, entre soi. Surtout cela ne peut se faire, car on le sait, le marché ne supporte aucune intervention qui vienne troubler son équilibre automatique réalisé instantanément selon la dangereuse spiritualité perverse de la pensée libérale. Il s’agit donc bien d’une aporie, d’un « «double bind » ou se télescopent des structures mentales comme produit direct des rapports d’accumulation du capital. Il en résulte une, inhibition de l’action, une impotence des états à limiter la prospérité du vice comme le dit Daniel Cohen dans son dernier essai.
Pourtant qu’on y songe un instant : l’humanité doit à cette pensée économique héritée des lumières occidentales la croissance et l’élévation continue sur le long terme du revenu moyen pourvu que l’État distingue la vertu de la corruption, la chose privée de la chose publique et veuille bien assigner le marché à sa place. La finance toxique est viralement nuisible, ne participe aucunement à l’élévation de ce revenu, à la croissance, au progrès puisque ses plus values retournent au capital. C’est même son acmé. Accumuler sans production, sans valeur d’usage, sans valeur ajoutée, sans partage. L’échange pur, comme une pierre philosophale. C’est ce qu’on a appelé à tort sa virtualité…Il s’agit davantage d’une mutation génétique de l’ADN économique dont le G20 est le « porteur sain » il ne posera donc aucun diagnostic ni pronostic, préconisera du paracétamol et s’en lavera les mains.
Pourtant les remèdes sont connus ainsi que la genèse du mal. La crise n’est pas née de la dernière pluie. Elle est l’enfant incestueux de la révolution conservatrice des années 80, au milieu des « trente piteuses » : les années fric, ou « si tu n’avais pas une Rolex 50 ans, tu n’étais rien » les années de la dérégulation, ou tout ce qui est humain ou bien marchand utile est considéré comme un coût… Ou l’être-ensemble devient une scorie, un résidu négligeable, car non calculable.
Comme si de lui-même l’ultra libéralisme créait son propre mythe des origines, courbait l’histoire pour être sa propre religion. Malthus et son célèbre apologue du banquet en est le prophète sinistre et coincé. Tout se passerait sans peuple, sans pauvres, sans malades, sans consommateurs. Uniquement entre soi…Au début de l’univers était le calculable…
La dérégulation : voilà l’ennemi !
Les grandes « respirations de l’histoire » comme disait kondratieff, les tempêtes de « destructions-créatrices » de Schumpeter ont éclairé les causes de la grande dépression des années trente…la séparation radicale des banques de dépôt dont la fonction est de l’ordre de l’intérêt général de celles dites « d’affaires » d’intérêt privés ont été une mesures radicale de décontamination sanitaire. Cela a été la règle, la Loi, jusque dans les années 80…plus subtil reste la préconisation de l’économiste Daniel Cohen : obligeons les porteurs sains à s’inoculer leur propres virus, à gouter leur infect brouet, obligeons les à s’intoxiquer de leur propres produits avant de les refiler aux autres comme le mistigri…Bref à se contaminer eux-mêmes. Encore une histoire de pandémie mondiale… Encore un « déplacement ».Toujours la peur, mais pour une fois pas pour les peuples….
Léonard Cohen chantait : « j’ai vu le futur, frère, c’est un meurtre. »

mardi 12 mai 2009

Ne votez jamais!

Ce billet a été écrit dans le contexte des élections européennes. Son extrémisme est le fruit d'une exaspération de voir le suffrage universel détourné de ses fins. En aucun cas le vote ne peut être considéré comme un simple « modus operandi » de désignation de représentants imposés d'une manière opaque et sans réels pouvoirs . Ce billet est donc davantage une protestation pour ré- instituer un vote pleinement souverain dans une Europe pleinement démocratique. Un plaidoyer pour la prise en compte de l'abstention dans les modes de scrutin.





Dans les années soixante, au temps des années sacrilèges, souvenez-vous : le fonds de l'air était rouge... L'ancien monde est emporté par une nouveauté massive. Partout la fête de l'extravagance, celle de l'espoir de l'involution de l'asservissement. Bob Dylan chantait « les temps sont en train de changer » et Sartre annonçait « l'homme nouveau ».
vingt ans plus tard tout cela est devenu inaudible. Pire : 68 est désigné comme le mal absolu qu'il faut tuer, éradiquer.
Ils ont eu peur. Il a suffi d'un vote, d'un seul ! Et le joli mois de mai s'en est allé...
Le suffrage universel a été à lui seul le mode d'écrasement du mouvement. Pas le résultat du vote. Le vote n'est pas par nature répressif et capable de faire l'histoire mais constitue principalement un dispositif du capitalo-parlementarisme. Le vote est apolitique. Il assure le retour et la pérennisation de l'ordre établi. En ce sens il appartient à l'État comme appareil et à lui seul. Comment respecter le suffrage universel en lui-même, le designer comme valeur absolue de la pensée éclairée, indépendamment des effets qu'il produit ?


La démocratie, ce cache-sexe de la planètarisation de la marchandise et du spectacle cache bien mal ses parties honteuses : notre condamnation à vivre le monde où nous vivons, la mise au pas du rêve.
Aujourd'hui la peur est de l'autre côté. Du moins à chaque fois qu'un vote semble inévitable. Ce n'est pas de savoir qui va l'emporter, quel parti, qui terrorise nos princes : ce qui les ronge c'est de savoir si le miracle va se reproduire, et si ils vont pouvoir se reproduire : c'est le chiffre qui les inquiète: la participation. Le nombre sacré qui exige qu'on le célèbre, tant sa puissance est redoutée. Mais par là même, c'est lui qui va aussi rendre visible que la démocratie est indifférente à tout contenu, qu'elle n'est rien d'autre que sa propre forme, un ectoplasme.
Un fantôme féroce, un incube, qu'on impose de force à tous les peuples indistinctement, massivement, mécaniquement, semant désarroi, misère et mort.


Par ce truchement, cette fiction, les masses ne seront plus jamais écoutées . Leur manifestations, leur grèves, leurs plaintes et blessures demeureront invisibles...
Alors, avec deux sous, faisons peur au pouvoir, rendons le invisible! Privons le de ses artifices, des machineries et autres trucages par lesquels il fabrique sa substance. Privons le de tout reflet en devenant des électeurs silencieux, des trous noirs qui l'absorbe jusqu'à la fin des temps... Ne votons plus jamais ! Vite !

mercredi 29 avril 2009

De la politesse comme "dipositif"...




Dans les années 68/78, ces dix années sacrilèges, j'étais très souvent dans les Cévennes. Cela t'aurait plu mon cher chien ! Il n'y avait rien. Des garrigues ou explosait un soleil à fendre les pare-brise de nos deux chevaux... Tu aurais pu à loisir être libre. Le désert français. Ces terres étaient bénies pour tous ceux qui voulaient inventer, expérimenter. Nous y vivions comme des sauvages, tout en souhaitant apprendre à savoir revivre. Nous passions notre temps en baignades sensuelles sous les cascades du gardon, a visiter de vieux républicains espagnols, à palabrer de communauté en communauté, le soir, dans les hamacs propices... Certains arrivaient, d'autres reprenaient la route... Je retapais avec les autres un mazet en ruines qui n'était même pas à moi. Les travaux n'avançaient guère, chaque décision était débattue.
À certains moments, nous montions vers le Larzac, pour nous compter, nous retrouver, moissonner le terrain militaire, faire la fête, de la politique et regarder les étoiles...
Et puis il y avait la marche. Un vieux randonneur nous avait sermonnés en nous expliquant qu'il fallait être poli quand on marchait. Que c'était la tradition de dire « bonjour » sur les sentiers. Cela n'avait rien de normatif. On se reconnaissait comme des chiens se flairent.
Mon chien, t’en souviens-tu? C’était hier lors d'une promenade dans un reste de verdure protégée, sur des sentiers pelés, nous avons rencontré un couple de promeneurs impeccables en chaussures de sport, tous deux pareils : ils ont dit « bonjour »... Je ne sais pas pourquoi cela m'a fait tout de suite penser au fameux « bonjour » des vendeurs de Darty...
Cette politesse, tout droit sorti des séminaires de formation, qui malgré vos précautions oratoires, vous refroidit comme un goulag.

Plus généralement, dans les années 70 et avant, cette valeur était considérée comme essentiellement « conventionnelle » ou « sociale » et par là même opposée à une morale « authentique », ce qui la conduira 20 ans plus tard à occuper le cœur du Panthéon des hautes vertus civiques. Le principal intérêt de la politesse aujourd'hui c'est de faire la médiation entre les valeurs traditionnelles, (le respect, la courtoisie) et les valeurs de l'ultralibéralisme (l'écoute de l'autre, « le vivre ensemble » etc. On attend également d'elle la possibilité de la conciliation entre le rejet de la rigidité ou du radicalisme et du relativisme. Elle devient un dispositif neutre et neutralisant. Elle est donc, aujourd'hui, totalement orientée vers le moment de la clôture de tout débat, de tout contact contagieux. Elle met fin à toute intrusion possible d’un ailleurs toujours vécu comme une violence, elle rend, au nom de la morale courtoise, impossible le pamphlet, le manifeste, la satire, l’ironie. Condamne les extrémismes, les coups de gueule... Voilà ce que j'appelle un dispositif, qui par un étrange paradoxe, l'adhésion aux valeurs démocratiques, a ainsi réalisé la forclusion de tout débat à laquelle n était parvenu ni la société bourgeoise, ni l'absolutisme. La politesse est un « dispositif », avatar de ces années 68, qui fonctionne pour qu’il ne se passe plus rien de l’ordre de la vie, qui organise le vide comme valeur en soi, comme police, comme mise à distance sanitaire de tout écart aux conventions de l'ultralibéralisme. Seul, notre guide suprême use de l’impolitesse, de la muflerie, et cela met en émoi tous les plumitifs scandalisés…On a bien tort, comme l’Etat c’est lui, il possède le « monopole de l’insulte légitime »…cela fait partie de sa pathologie, érigeant une exception qui traduit le nouvel ordre qui règne.

Pourtant, mon cher chien, qu'on y songe : que de butors, de voyous, de brutes, de grossiers personnages sont célébrés par les institutions culturelles... Que dire de Voltaire, des surréalistes, de Pascal, de Marx, Freud et bien d'autres... Mais ils sont morts, et c'est bien connu les institutions aiment les morts. Leur domaine est la commémoration.




vendredi 24 avril 2009

 
> rédacteur Agoravox